Le 1er avril, je ne pense pas aux poissons

Chartreuse de Pavie et monument aux morts de Torre del Monte, symbole de la mémoire familiale et de la transmission intergénérationnelle.

Pour beaucoup, c’est le jour des poissons.
Les blagues qui circulent sur les réseaux, les fous rires, les enfants qui rient en douce – comme mon fils, fier comme tout, aujourd’hui, de nous avoir collé des poissons dans le dos… persuadé qu’on n’avait rien vu.

Mais moi, le 1er avril, je pense à quelqu’un. À ma grand-mère.


Une histoire de famille entre l’Italie et la France

Elle s’appelait Pascale. Pasqualina. Née le 1er avril 1923, un jour de Pâques. Dans la famille, on raconte que les cloches sonnaient au moment de sa naissance. Alors ses parents l’ont appelée ainsi. La petite fille de Pâques. Et elle m’a transmis son prénom, à sa façon. Puisque Pascaline est mon deuxième prénom. Comme un fil invisible entre elle et moi.

Ma grand-mère était italienne. Née en Italie dans les années 20, elle a quitté son pays très tôt, comme tant d’autres, pour fuir la montée du fascisme. Sa famille s’est installée dans le sud-ouest de la France. Elle a gardé son accent italien toute sa vie. Chaleureux, chantant. Mêlé à la douceur de l’Occitanie. Et même si, administrativement, elle a perdu sa nationalité en épousant mon grand-père… l’Italie, elle, ne l’a jamais quittée. Et moi non plus, finalement.


Ce que nos racines nous transmettent

Il y a quelques mois, ma mère est partie sur ses traces. En Italie. Dans le Piémont et en Lombardie. Au pied des montagnes. Avec mon père, elle est partie à la recherche d’un acte de naissance qu’on pensait disparu dans un incendie. En réalité, toute la famille s’était trompée de village depuis des décennies. Une confusion, transmise d’une génération à l’autre.

Et puis, un jour, la vérité refait surface. Un document retrouvé. Un lieu retrouvé. Des racines retrouvées.


Ma grand-mère est décédée en 2009. Pendant que j’étais… en Italie. Je ne suis pas sûre qu’elle ait jamais su à quel point cette part d’elle vivait en moi. À quel point elle comptait.

Aujourd’hui, je pense à elle. Et je pense à toutes ces histoires que nous portons sans toujours les connaître. À ces morceaux de vie qui traversent les générations, parfois en silence.


Donner une voix à la mémoire

Ces derniers temps, j’ai travaillé sur un récit de vie avec un couple de Quéven.

Lui est né au début de la Seconde Guerre mondiale. D’une mère devenue veuve trop tôt. D’un père qui n’est jamais revenu du front. La petite histoire dans la grande.

Une vie singulière. Comme celle de ma grand-mère. Comme celle de nos aînés.


Et je me dis qu’on sous-estime souvent la richesse de ces récits. Ils sont là. À portée de voix. Et pourtant, ils disparaissent.

Avec Mémoire Vive, j’ai choisi de les capter. De leur donner une place. De les transmettre. Parce que nos racines ne sont pas que des dates ou des lieux. Ce sont des voix. Des accents. Italien, occitan, lorrain, breton. Ce sont des silences, des rires, des souvenirs.


En ce 1er avril, je ne pense pas qu’aux poissons. Je pense à elle. À ma Mamie. Et à tout ce qu’elle m’a transmis, sans même le savoir.